Actualité à la Hune

VOLVO OCEAN RACE

Mapfre remporte la cagnotte au loto !

La 8e étape de la Volvo Ocean Race s’est achevée ce mardi 8 mai à Newport (Etats-Unis) après une nuit interminable, sans un souffle d’air mais avec une brume à couper au couteau et du courant dans le nez. Bref, l’enfer en régate ! La direction de course a laissé les sept équipages se déhaler entre 0 et 2,5 nœuds après 5 700 milles depuis le Brésil. Et donc à la loterie, ce sont les Espagnols de Mapfre qui touchent le pactole après avoir passé les trois quarts de la course avant-derniers, coiffant sur le poteau les Néerlandais de Brunel à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Les Franco-Chinois de Dongfeng, en tête au classement général et de l’étape à moins de vingt milles de l’arrivée, ont perdu gros !
  • Publié le : 09/05/2018 - 09:25

MapfreMapfre sort de la brume et l’emporte d’une minute…Photo @ J. Renedo/VOR
On ne va pas polémiquer, mais il faut bien avouer que le résultat de cette 8e étape à Newport ne reflète en rien de ce qui s’est passé lors des quinze jours de mer, soit l’équivalent de deux transats. Elle n’honore pas non plus la célèbre course autour du monde lancée en 1973. Même lors des régates «saucisson» le week-end sur tous les plans d’eau du monde, les comités de course ont l’intelligence d’opérer une réduction de parcours quand le vent est totalement absent. Laisser des champions harassés lambiner toute la nuit dans la brume, le courant et sans un pet d’air, après autant de milles, tient au mieux d’une véritable psychorigidité, au pire d’un certain sadisme. Car la 13e édition de la Volvo Ocean Race s’est sans doute jouée cette nuit à la loterie et sur un coup de dés. La direction de course mérite un carton rouge.

Mapfre chanceux !

Soyons clairs malgré tout. Mapfre a prouvé depuis le départ d’Alicante en octobre dernier qu’il était avec Dongfeng Race Team le grand favori. On pensait les Espagnols, arrivés cinq jours après Brunel et Dongfeng au Brésil après avoir détruit leur grand-voile et une partie du rail de mât, définitivement «out» quand une panne électrique a privé le bateau rouge d’énergie – que ce soit pour basculer la quille, recevoir la météo ou émettre – quelques jours après le départ d’Itajai. Et pour corser le tout, dans le pot au noir, Mapfre est resté «scotché» sous un nuage quand ses adversaires filaient plein Nord. Alors qu'il accusait plus de 50 milles de retard sur Dongfeng dans une «course de chevaux» sous un puissant alizé, on s’est dit que l’édition 2017-2018 de la Volvo était en train de livrer son verdict. Charles Caudrelier et sa bande, au coude à coude avec Bouwe Bekking (Brunel), et ses huit participations, semblaient bien partis pour enfoncer définitivement le clou ! Mais pour ne pas se faire «larguer», Charles Caudrelier, skipper de Dongfeng Race Team, a lui-même plongé de nuit pour ôter des appendices ces sargasses (algues géantes) proliférant au large des Caraïbes. C’est dire si la Volvo Ocean Race entretient à juste titre sa réputation de course la plus dure du monde. Xabi Fernandez, skipper de Mapfre, le sait mieux que quiconque. L’ancien champion olympique de 49er est à la fois talentueux, calme, patient et opportuniste. Malmené durant l’essentiel de cette étape de 5 700 milles entre Itajai et Newport, le bateau espagnol, cette fois chanceux, a recollé au meilleur moment.

Charles CaudrelierSourire crispé à l’arrivée pour Charles Caudrelier ! Photo @ E. Stichelbaut/DRT
Dongfeng malchanceux !

Si la course autour du monde en équipage était arrivée avant l’entrée de la baie et ce fameux DST (Dispositif de séparation de trafic) dans l’ancien temple de la Coupe de l’America durant plus de 100 ans, réputé pour sa brume tenace et ses vents erratiques, Charles Caudrelier et son brillant navigateur Pascal Bidegorry auraient eu course gagnée. Mais avec des si…

À 18 milles de l’arrivée et après le passage d’un dernier front et près de 30 nœuds de vent, tout le monde sait que les cartes risquent d’être redistribuées. Dongfeng mène avec 2,5 milles d’avance sur Brunel. Le routeur météorologue, Christian Dumard, explique : «Un bateau comme Mapfre (alors 5ème, ndlr) peut très bien revenir. Il suffit qu’il y ait une zone un peu molle derrière le passage de front qui les attend lundi pour qu’il rattrape son retard. Il peut encore se passer des choses…» Il a clairement senti le coup. «Nous allons faire face à une situation très compliquée, avec beaucoup d’options et peut-être un nouveau départ dans les petits airs lors des douze dernières heures» analyse un Caudrelier lucide. Il n’imagine sans doute pas une fin d’étape aussi cauchemardesque. Mais le comité de course mouillant chaque ligne d’arrivée au plus près du port de jour comme de nuit, l’étape va se jouer comme au Brésil à la loterie.

NewportLes trajectoires des bateaux dans la baie de Newport. Sans commentaires ! Photo @ Site VOR
Un direct compliqué méthode Coué

En direct sur le site de la course pendant près de cinq heures  soit le temps mis par les bateaux pour couvrir les cinq derniers milles ! –, on a droit à des images infrarouges du bord sans grand intérêt avec des VO 65 arrêtés, des grand-voiles qui battent, une gîte artificielle avec la quille angulée sous le vent, des barreurs passant d’un bord sur l’autre, des marins frigorifiés roulant et déroulant le code zéro, plus un commentateur qui – le pauvre  doit meubler mais s’excite comme au foot alors qu’il ne se passe rien ou presque, les bateaux étant littéralement «collés» à l’eau. Ah si ! L’hélicoptère qui décolle à l’aube, dévoile la sublime baie de Narragansett noyée sous le brouillard et le soleil qui pointe au-dessus. Certains internautes calés devant leur ordinateur s’emportent : «C’est du grand n’importe quoi ! ». Ou pire : « Course à la con, final de merde ! » On ne va pas leur donner totalement tort, mais rappelons que la voile reste une discipline où il faut un minimum de vent. N’empêche, les équipages de la course dont la devise est «Life at The Extreme» semblent à l’agonie. Pas vernis malgré une option aussi audacieuse que brillante du navigateur Nicolas Lunven qui lui a permis de prendre la tête à la corne du Brésil, Turn The Tide of Plastic est rentré depuis dans le rang. Choisissant de passer par l’Ouest du DST, le voilier skippé par la Britannique Dee Caffari n’est pas payé. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui arrive à Dongfeng, complètement «collé» et qui perd le leadership au fil de la nuit. Cruel. Durant de longues minutes, il fait même cap au 180 alors que la ligne est plein Nord. On voit même un équipier se mettre à l’eau alors que le speedo indique zéro nœud !

Pascal BidégorryDubitatif, Pascal Bidégorry à la navigation au petit matin sur sa tablette…Photo @ J. Lecaudey/VOR
L’équipage de Caudrelier ne mérite pas ça !

Au ponton, Charles Caudrelier est forcément très déçu mais toujours aussi élégant : «Honnêtement on pensait à la victoire. On rêvait au meilleur. On a fait une très belle étape, très compliquée en tant que leader de la course. On a super bien navigué. Mais le sort s’est un peu acharné sur nous cette nuit avec les plastiques ou je ne sais pas quoi dans la quille. On aurait dû faire une marche arrière, mais on ne s’est pas rendu compte. Il y avait tellement peu de vent. C’est la troisième fois que nous sommes en tête juste avant l’arrivée et que l’on se fait doubler. Ce n’est jamais bon pour la confiance… et c’est donc un peu dur ! Mais ça fait partie du sport. Ça va nous renforcer et nous mettre en colère avant la transat vers Cardiff. La pression va être sur tout le monde !» N’empêche, d’un point d’avance au Brésil, Dongfeng, qui en plus s’est fait doubler par Vestas à la fin pour finir seulement 4e, se retrouve avant la 9e étape  une transat qui compte double vers le pays de Galles  avec trois points de retard sur Mapfre. Cruel, on vous dit !

BrunelBrunel, en tête une majeure partie de l’étape et toute la nuit.Photo @ J. Renedo/VOR
Classement de la 8e étape Itajai-Newport (5700 milles)

1. Mapfre (Xabi Fernandez) 15 jours 17 heures 44 minutes et 29 secondes
2. Team Brunel (Bouwe Bekking) à 1’01’’
3. Vestas 11th Hour Racing (Charlie Enright) à 14’35’’
4. Dongfeng Race Team (Charles Caudrelier) à 40’52’’
5. Team AkzoNobel (Simeon Tienpont) à 1 h 36’
6. Turn the Tide on Plastic (Dee Caffari) à 1 h 39’.

Classement général de la Volvo Ocean Race après 8 étapes

1. Mapfre : 53 points
2. Dongfeng Race Team : 50 points
3. Team Brunel : 42 points
4. Team AkzoNobel : 36 points
5. Vestas 11th Hour Racing : 28 points
6. Sun Hung Kai/Scallywag : 27 points
7. Turn the Tide on Plastic : 22 points